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  • Christine Méjean

Entretien avec Carole Vercheyre-Grard, avocate en droit social, droit des affaires et blogueuse


Photo : Isabelle-Eva Ternik


Qu'attendiez-vous du métier d'avocat ?

Dès mon adolescence, je voulais être avocate. Il me tenait à cœur de participer à ce que le monde soit plus juste : être un soutien pour ceux qui traversent des moments difficiles et les aider à faire reconnaître leurs droits.

Quel sens donnez-vous à votre métier aujourd'hui ?

En tant qu’avocate indépendante, j’exerce un double métier : d’une part, expert en droit, j’accompagne mes clients sans les juger et d’autre part, chef d’entreprise, je gère mon cabinet (comptabilité, communication, ressources humaines, management, développement, etc…).

Quelle est votre philosophie de vie professionnelle ?

« Faire toujours du mieux possible avec humanité. »
Mon rôle est d’accompagner mes clients dans les dédales juridiques et de leur permettre de faire valoir leur vérité. Il est important de garder à l’esprit que la recherche de « la Vérité » n’a pas de sens : il existe seulement des vérités subjectives. Et surtout, je crois en l’humain : aussi, même si le dossier est compliqué à gagner au regard des règles de droit, je suis stratège et je mets tout en œuvre pour démontrer une injustice !

Quelles sont vos caractéristiques d'exercice ?

Je suis d’un tempérament conciliateur mais tenace. Et, comme l’avocat a globalement une clientèle qui lui ressemble, j’ai des clients pragmatiques et ouverts à la résolution amiable. Si je suis côté employeur, je vais proposer une transaction toutes les fois où cela est possible : généralement le processus aboutit si les demandes du salarié sont raisonnables. Si je suis côté salarié, je suis très réceptive aux efforts de conciliation de l’employeur. Malheureusement, certains confrères préfèrent un procès qui s’éternise.

Pouvez-nous nous en dire plus sur votre blog ?

« Nul n’est censé ignorer la loi. » En pratique, les citoyens sont confrontés à une double problématique : le jargon juridique est complexe et la jurisprudence est évolutive. Aussi, dès 2010, j’ai créé un blog destiné à ceux qui n’ont pas accès à la connaissance juridique. Depuis, je publie régulièrement des articles d’actualité juridique dans un langage clair et compréhensible pour tous.

Quels sont vos trucs et astuces pour réalimenter le moteur au quotidien ?

Les rencontres d’une grande variété et d’une grande intensité que je n’aurais jamais faites si je n’avais pas été avocate ! Sinon, je mange du chocolat, je bois du coca, je fais du tennis ! (Rires)

Pour trouver votre équilibre vie pro - vie perso ?

Il y a toujours une solution : en la cherchant, on la trouve. Pour préserver la vie privée, il faut accepter soit de gagner moins d’argent soit de déléguer certaines activités. Quand j’étais collaboratrice, je ne voulais absolument pas négliger ma vie de famille. Ce n’était pas envisageable de ne voir ma fille ainée que tard le soir donc je quittais le bureau tous les jours à 17h. Ma concession était financière : j’étais payée aux 3/5èmes. Lorsque je me suis installée à mon compte et que mes enfants étaient encore jeunes, je ne travaillais pas le mercredi pour profiter d’eux.


A votre avis, être une femme est-il un atout dans l'avocature ?

Je ne suis pas convaincue que les femmes apportent un plus par rapport aux hommes. C’est le caractère empathique, l’énergie et la compétence qui comptent.

Avez-vous déjà été témoin d'attitudes sexistes ?


Je pense à deux anecdotes d’audience. La première : Comme les avocats sont tous convoqués à la même heure pour une audience, qui dure généralement toute la matinée ou l’après-midi, ils passent plusieurs heures à attendre. Il est d’usage – par confraternité – de laisser plaider en premier les avocat(e)s qui sont dans un état de santé particulier. Alors que j’étais à 7 mois de grossesse, des confrères m’ont dit : « Ce n’est pas une maladie !» et j’ai dû attendre plusieurs heures avant de plaider mon dossier.
La seconde : Dans un dossier avec plusieurs parties, j’étais la seule femme avocate. Un vieil avocat est arrivé à l’audience et a dit bonjour à tous les confrères qui intervenaient dans ce dossier… sauf à moi. Je l’ai interpellé : « Dites-moi Confrère, c’est parce que je suis une femme que vous ne me dites pas bonjour ? » Aucune réponse… En plus, il me tournait le dos : je me sentais physiquement niée. Il y avait une femme du Conseil de l’Ordre présente dans la salle qui m’a alors dit « Ne faites pas d’esclandre !».

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants en droit ?


Il est essentiel de se poser les questions suivantes avant de choisir des études d’avocat : Est-ce que je suis capable de travailler seul, longtemps ? Est-ce que je suis capable de prendre des décisions et de trancher ? Est-ce que je suis capable de travailler sans être complimenté ou remercié ? Si vous répondez non à une seule de ces questions, alors il convient sérieusement de réfléchir à une autre orientation…

Aux jeunes avocats ?

« Ne pas trop donner de soi aux clients » Plus on donne, plus il y a un risque que le client le considère comme un dû. Il est essentiel de délimiter le cadre de l’intervention et de trouver la bonne posture professionnelle : être ni trop distant ni trop empathique.
Au début de ma carrière, je l’ai appris à mes dépens dans un dossier où je me suis énormément investie et où j’ai peu facturé. Un vendredi, ma cliente a tenté de me joindre à 17h. Le lundi d’après, elle est venue récupérer son dossier à mon cabinet en expliquant que ses amis lui avaient dit qu’une avocate indisponible à 17h n’était pas « une bonne avocate ».

Quelle est votre vision de l'avenir du métier ?

La justice de demain, c’est plus de règlement des conflits hors des juridictions et plus de dématérialisation des audiences. L’avocat fera donc plus de conseil et moins de contentieux.

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